
Najoi Bel Hadj : trouver sa voix, assumer son identité artistique et créer sans attendre la permission
“ Si ce n'est pas vivant, pour moi ce n'est pas de la musique. ”
— Najoi Bel Hadj (auteure-compositrice-interprète)
Rencontre avec Najoi · Auteure-compositrice-interprète — Fondatrice de compagnie artistique
→ Découvrir son univers artistique
→ Découvrir le projet Dunyazad
Introduction
Il y a des rencontres qui t'ouvrent quelque chose que tu n'aurais pas trouvé seul·e. Une phrase, un regard, une main tendue au bon moment — et quelque chose en toi change de cap, discrètement mais définitivement.
L'histoire de Najoi commence par une de ces phrases. À 11 ans, une professeure de musique la regarde dans le blanc des yeux et lui dit : « Tu sais chanter ! » Najoi, enfant silencieuse et studieuse, n'avait jamais pensé à elle-même sous cet angle. Ses parents, grands mélomanes de musique orientale, lui avaient transmis un amour profond de la musique — mais pas l'idée qu'elle pouvait, elle aussi, en être la source. Ce jour-là, un interrupteur s'est enclenché.
Aujourd'hui, Najoi est auteure-compositrice-interprète, professeure de chant diplômée, intermittente du spectacle et fondatrice de sa propre compagnie artistique. En 2024, elle sort son premier album. En 2025, elle crée son premier spectacle jeune public. Et elle porte en ce moment avec deux autres artistes un projet de conte musical qui s'appelle Dunyazades — une traversée artistique entre Orient et Occident, entre héritage et création.
Dans cet article, je partage avec toi les pépites de notre conversation pour le podcast « Composer la Beauté » : le mindset qui permet de persévérer sans se prouver, la manière d'apprendre la guitare en suivant ce qu'on entend plutôt que ce qu'on « devrait », et cette question essentielle — pourquoi ta singularité artistique est ton bien le plus précieux, et pourquoi aucune intelligence artificielle ne pourra jamais l'imiter.
Je suis Aude, artiste auteure-compositrice-interprète, pédagogue et auteure de Libérez vos chansons. J'accompagne celles et ceux qui souhaitent créer des chansons fortes, sensibles et incarnées — et retrouver une posture d'artiste alignée avec qui ils et elles sont vraiment.

La rencontre en vidéo via mon podcast Composer la Beauté (Abonnement en un simple clic sur l'icône en haut à gauche)
Table des Matières Interactive
Najoi : trouver sa voix, assumer son identité artistique et créer sans attendre la permission
Rencontre avec Najoi Auteure-compositrice-interprète · Fondatrice de compagnie artistique
→ Découvrir son univers artistique
Être vue avant de se voir soi-même : la phrase qui a tout changé
Le vivant comme exigence : quand la création ne peut pas mentir
Artiste et cheffe d'entreprise : organiser sa vie sans étouffer sa créativité
Créer avec ce qu'on a : le plaisir comme boussole et la singularité comme force
Conclusion : Ce que la voix de Najoi nous enseigne
Check-list : Ce que l'histoire de Najoi m'invite à explorer dans ma propre création
Être vue avant de se voir soi-même : la phrase qui a tout changé

Najoi a grandi à Vendôme, dans une famille sans moyens pour les cours particuliers ou le conservatoire. La musique était présente à la maison — très présente, même — à travers les grandes voix de la musique orientale que ses parents écoutaient : Farid El Atrach, Oum Kalthoum, Fayrouz. Un bain musical profond, silencieux, qui imprégnait sans encore s'exprimer.
C'est à l'école que quelque chose a pu se déployer. Sa professeure de musique au collège, a été la première à l'identifier. Pas comme élève sage et discrète. Comme chanteuse. Plus tard, un solo en latin lors d'un concert scolaire — « cela pesait lourd pour moi, c'était un trésor » — a ouvert un espace intérieur que rien n'avait encore nommé.
Ce mécanisme est précieux à comprendre. En psychologie contemporaine, on sait que l'identité artistique ne naît pas seule. Elle se construit à travers le regard de l'autre — à condition que ce regard soit juste, bienveillant et porteur. Une seule personne qui dit « je te vois » peut enclencher un processus d'identification profond, durable, transformateur.
Encart — Neurosciences & psychologie
Le cerveau humain construit ses croyances sur lui-même à partir de ce qu'il reçoit de son environnement. Lorsqu'une figure de confiance identifie une compétence — « tu sais chanter » — elle active dans le cerveau de l'autre ce qu'on appelle une boucle de renforcement identitaire. L'image de soi intègre une nouvelle donnée. L'engagement augmente. La persévérance devient possible là où elle était impensable.
C'est ce que les neurosciences appellent l'effet Pygmalion : la croyance d'autrui en notre potentiel modifie réellement nos performances — et notre rapport à nous-mêmes.

Plus tard, à Paris, c'est Alice Orpheus — artiste — qui lui tend la main une deuxième fois. À 25 ans, il lui dit : « Meuf, quand est-ce que tu vas faire ce que t'aimes ? » Elle quitte son travail de secrétaire-réceptionniste, et part six mois à New York. Seule. Sans filet. Avec la certitude que quelque chose d'important l'attendait de l'autre côté du doute.
Ce que l'histoire de Najoi illustre, c'est l'un des piliers de la méthode AUDE : s'Autoriser. Non pas attendre d'être suffisamment prête, suffisamment formée, suffisamment reconnue. Mais décider que ce qui cherche à s'exprimer en toi mérite d'exister — maintenant, avec ce que tu es aujourd'hui.
Ce n'est pas de l'imprudence. C'est de l'intégrité.
Entre-temps, elle avait tenté d'intégrer la chorale de gospel R&B We Are One à Paris. Elle n'est pas rentrée du premier coup. Ni du deuxième. Elle est revenue une troisième fois — après avoir travaillé ce qui n'allait pas. Pas pour se prouver quelque chose. Pour être prête.
Cette nuance est essentielle. Se prouver quelque chose, c'est nourrir la peur. Se préparer à recevoir ce qu'on désire, c'est nourrir le désir. Le mindset de Najoi n'est pas celui de la compétition. C'est celui de la progression honnête, au service de ce qui compte vraiment.
Le vivant comme exigence : quand la création ne peut pas mentir

Il y a un mot qui revient sans cesse dans la bouche de Najoi quand elle parle de création. Un seul mot. Vivant.
« Si ce n'est pas vivant, pour moi ce n'est pas de la musique. »
Cela pourrait sembler simple, presque évident. Mais derrière cette phrase, il y a une exigence profonde — et une boussole que beaucoup d'artistes ont perdue en route.
Najoi ne parle pas de virtuosité. Elle ne parle pas de maîtrise technique. Elle parle de ce quelque chose d'indéfinissable qui fait qu'une note touche, qu'une mélodie reste, qu'une voix traverse. Ce quelque chose que l'oreille reconnaît immédiatement, même sans savoir le nommer.
« J'aime ça quand ça vient chercher le vivant en moi. »
Cette phrase dit tout. La création n'est pas un objet à fabriquer. C'est une rencontre. Entre ce qui cherche à sortir de toi et ce qui cherche à être reçu par l'autre. Lorsque cette rencontre a lieu — dans une répétition, sur scène, dans une session d'écriture à deux heures du matin — quelque chose se passe qui ne s'explique pas rationnellement. Cela se ressent.
Encart — Neurosciences
Ce que Najoi appelle « le vivant », les neurosciences le relient à ce qu'on appelle l'état de flow — cet état d'immersion totale dans une activité où la conscience de soi s'efface et où les ressources créatrices s'activent pleinement. Le cerveau en état de flow libère de la dopamine et noradrénaline. La créativité augmente. La mémoire de travail s'allège. Ce n'est pas un état rare ou réservé aux artistes d'exception. C'est un état accessible — à condition de créer dans un cadre où le plaisir, la sécurité et l'engagement sont réunis.

C'est pourquoi Najoi refuse de pratiquer dans l'ennui. « Dès qu'il n'y a pas de connexion au sensible, je n'y arrive pas. » Ce n'est pas de la facilité. C'est une intelligence du processus créatif. Forcer une pratique desséchée produit des résultats désséchés. Nourrir une pratique vivante produit des œuvres vivantes.
Et une seule note, posée avec la bonne intention, avec du silence autour — peut déjà être magique.
Artiste et cheffe d'entreprise : organiser sa vie sans étouffer sa créativité

Najoi ne se contente pas de créer. Elle gère.
Depuis 2021, après dix ans au sein de la compagnie de danse hip-hop Xpress à Joué-les-Tours, elle a fondé sa propre structure. Une association qui fonctionne en réalité comme une auto-entreprise — avec tout ce que cela implique : contrats, factures, subventions à déposer, comptabilité, suivi administratif. Et en parallèle : les ateliers auprès des enfants et des familles, les concerts, les collaborations avec d'autres compagnies, la pédagogie vocale, la création de spectacles jeune public.
« Il y a tout ce qui concerne l'administratif, la gestion d'entreprise, qui demande d'être alerte à plein d'endroits. »
Ce qui frappe dans son organisation, c'est qu'elle fonctionne comme une cheffe d'entreprise qui a compris une chose essentielle : anticiper. Dans le milieu artistique, les engagements se planifient souvent un an à l'avance. Les structures qui la sollicitent bloquent des dates sur son agenda des mois en amont. Elle doit tenir plusieurs temporalités en même temps — le long terme de la programmation, l'immédiateté de l'administratif, et la profondeur lente de la création.
Mais il y a une tension qu'elle nomme avec honnêteté : la peur de manquer de cachets la pousse parfois à dire oui trop facilement. Apprendre à dire non — pour protéger ce qui compte — est un apprentissage en cours.
Et ce qui compte, c'est cela : ses espaces de pratique artistique.
« Comment je préserve mes espaces de pratique artistique ? C'est une de mes questions fondamentales. »
Pour créer, il faut se nourrir. Nourrir son intériorité. Un livre. Un film. Une sortie dans la nature. Du temps simplement assis·e avec une guitare, sans objectif de production. Regarder des gens à une terrasse de café. Écouter un album en entier, les yeux fermés.
Ce n'est pas du repos. C'est du carburant.
Julia Cameron, dans Libérez votre créativité, parle de « remplir son puits ». Najoi le vit de la même manière : si le puits est vide, il n'y a rien à donner. Ni aux élèves, ni au public, ni aux œuvres en cours.
Son objectif pour la saison à venir ? Que tous les segments de sa vie s'emboîtent comme des legos — avec aisance, fluidité et douceur. Pas un Tetris sous pression. Une organisation vivante, souple, nourrie.
Encart — Neurosciences
La recherche en psychologie de la créativité (notamment les travaux de Sandi Mann sur l'ennui et la créativité, et ceux de Teresa Amabile sur la motivation intrinsèque) montre que les artistes les plus productifs sur le long terme ne sont pas ceux qui travaillent le plus. Ce sont ceux qui alternent consciemment entre phases d'exposition (concerts, ateliers, création) et phases de recharge (lecture, marche, cinéma, silence). Le cerveau continue de traiter et d'assembler des idées même — surtout — lors des temps de repos apparents. Nourrir sa créativité n'est pas une pause dans le travail. C'est une partie intégrante du processus.

Créer avec ce qu'on a : le plaisir comme boussole et la singularité comme force

La guitare est arrivée tardivement dans le parcours de Najoi — et elle y est arrivée à sa façon. Un livre d'accords, quinze jours d'essais, l'ennui profond d'un apprentissage déconnecté de tout plaisir. Puis une décision simple : « Tu vas faire de la musique parce que tu adores ça — et tu vas inventer ce que tu entends. »
Elle a posé le livre. Elle a pris l'instrument. Et elle a commencé à jouer ce qu'elle entendait en elle.
Ce chemin-là n'est pas le plus court vers la maîtrise technique. Mais c'est le plus sûr vers la création authentique. Ce qu'elle décrit — jouer une ligne de basse chantée, reproduire ce qu'elle perçoit sans passer par la notation — c'est exactement ce que de nombreux·ses artistes font sans le nommer : composer à partir du vivant en eux, pas à partir d'un protocole externe.
Encart — Profils d'apprentissage
En neurosciences cognitives, on distingue plusieurs profils d'apprentissage. Le profil dit « Innovant » apprend par l'expérimentation, la mise en action directe, l'exploration sans filet. La contrainte théorique sans ancrage sensible active la charge cognitive et inhibe la motivation intrinsèque — autrement dit, cela ennuie profondément et coupe l'élan créatif.
Ce n'est pas un manque. C'est une intelligence. Reconnaître son profil d'apprentissage, c'est choisir les voies qui nourrissent réellement l'élan — plutôt que celles qui l'épuisent inutilement.

Najoi pose une phrase magnifique, que je voudrais que tu entendes vraiment : « Déjà avec ce qu'on a, on peut. »
Ce n'est pas une invitation à rester dans le minimum. C'est une invitation à ne pas se saboter en attendant d'avoir plus. Une seule note, bien posée, avec une intention juste et du silence autour — cela peut être musical. Cela peut toucher. L'épure n'est pas un manque de moyens. C'est une forme d'exigence.
Et ce qui fait la singularité de ce qu'on crée avec ce qu'on a — c'est précisément ce que rien ne peut remplacer. Nous avons parlé d'intelligence artificielle, et Najoi a dit quelque chose de limpide : l'IA peut produire quelque chose. Mais elle ne peut pas produire ce que toi tu es en capacité de produire. Parce qu'elle n'est pas toi. Tes années, tes parents, les musiques entendues depuis l'enfance, les endroits où tu as grandi, les pertes traversées, les joies portées — tout cela forme une empreinte digitale créatrice qu'aucun outil ne peut imiter.
C'est exactement ce que la création Dunyazades incarne. Un conte musical vivant, construit à trois — Najoi, Mehdi Chahid aux percussions et au ney, Léa Decque au piano préparé — autour de la musique orientale entendue depuis l'enfance. Pas une reconstitution folklorique. Une traversée artistique singulière, à hauteur de ce que ces artistes sont, de ce que ces artistes ont reçu.
Conclusion : Ce que la voix de Najoi nous enseigne
L'histoire de Najoi n'est pas un parcours linéaire. C'est un chemin fait de rencontres décisives, d'auditions ratées reprises, de genres musicaux traversés, de métiers mis au service d'autre chose — jusqu'à la création d'un espace artistique pleinement assumé, pluriel, vivant.
Ce qu'elle nous enseigne, c'est que la permission de créer ne vient pas de l'extérieur. Elle se prend. Parfois après une phrase d'une professeure. Parfois après un coup de pied affectueux d'un ami qui croit en toi. Parfois seul·e, face à un instrument, en décidant de jouer ce qu'on entend plutôt que ce qu'on « devrait ».
Et ce que l'on nourrit avec plaisir, on peut s'y obstiner longtemps. C'est là que réside la persistance véritable — pas dans la force de volonté, mais dans la joie de ce qu'on fait.
Et toi — y a-t-il une phrase que quelqu'un t'a dite un jour, qui a allumé quelque chose en toi ? Ou au contraire, attends-tu encore une permission qui n'arrivera peut-être jamais de l'extérieur ?
Je te remercie de partager ton expérience en commentaire sous ma vidéo YouTube : ton partage peut inspirer toute une communauté d'artistes créateur·trice·s de chansons !
→ Si ce que partage Najoi t'a touché·e, tu trouveras un écho puissant dans cet article : Peur de rayonner sur scène : et si ta vraie peur n'était pas d'échouer mais de briller trop fort ? — parce que derrière chaque histoire comme celle de Najoi, il y a souvent cette question silencieuse : et si c'était la réussite, et non l'échec, qui faisait vraiment peur ?
Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! J'espère de tout cœur qu'il t'a rappelé que tu portes en toi quelque chose d'unique — et que cette singularité, personne ne peut te la prendre.
Si cet article t'a inspiré·e, tu peux l'envoyer à un·e ami·e musicien·ne qui rêve de trouver sa voix et d'oser créer ses propres chansons.
Chaleureusement et avec gratitude,
Aude · Auteure-compositrice-interprète — Réveilleuse d'artistes
Si tu sens que quelque chose bloque — dans ta création, dans ton élan, dans ton rapport à la scène — ou que tu n'oses plus vraiment faire entendre tes chansons, un échange peut t'aider à y voir plus clair.
Un appel découverte en visio pour faire le point et structurer la suite.
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Check-list interactive : Ce que l'histoire de Najoi m'invite à explorer dans ma propre création
J'identifie une personne qui a cru en moi avant que je croie en moi — et je reconnais l'impact de ce regard sur mon parcours
Je remarque si j'attends une permission extérieure pour créer, et je nomme ce que je m'autorise à partir d'aujourd'hui
Je reconnais mon profil d'apprentissage : est-ce que j'apprends mieux en expérimentant, en suivant des étapes, en observant, ou en lien avec d'autres ?
Je teste l'approche « jouer/chanter ce que j'entends » avant de chercher la théorie — même 10 minutes
J'identifie ce qui, dans mon apprentissage musical, me donne du plaisir — et je m'y reconnecte régulièrement
Je remarque si, dans ma pratique, ce que je fais est vivant — ou si je m'exécute en pilote automatique, sans connexion au sensible
J'identifie ce qui nourrit ma créativité en dehors de la création elle-même : un film, un livre, une balade, une conversation — et je le programme vraiment dans ma semaine
Je repère les engagements auxquels j'ai dit oui par peur de manquer, et je me demande : est-ce que cela me nourrit, ou est-ce que cela m'épuise ?
Je note une chose concrète que je peux créer avec ce que j'ai aujourd'hui, sans attendre d'être « suffisamment prêt·e »
Je pense à une audition, un refus, un silence que j'ai reçu — et je me demande : qu'est-ce que cela m'a appris ? Suis-je revenu·e ?
Je réfléchis à ce qui constitue mon empreinte artistique unique : ma culture, mes influences, mon histoire, ma voix
Je prends un espace de pratique artistique dans ma semaine — pas pour « produire », mais pour nourrir ma créativité
Je partage cet article à un·e artiste de mon entourage qui doute en ce moment


